ACFAS

Eh bon, ça fait plus de deux ans depuis que j’ai ajouté un billet en français à ce blogue. J’avais bien l’intention d’en écrire au moins un, mais je n’ai jamais pu trouver le temps. Il me semble alors que mon retour de deux colloques au congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) mérite bien un billet en français.

Comme j’ai dit, j’ai assisté à deux colloques: La formation aux professions langagières : nouvelles tendances, qui a eu lieu mercredi et La traduction comme frontière, qui a eu lieu jeudi et vendredi. Malheureusement, j’ai dû manquer un troisième colloque, Langues et technologies : chercheurs, praticiens et gestionnaires se donnent rendez-vous , puisqu’il avait eu lieu en même temps que La traduction comme frontière, où j’ai donné une communication.

La formation aux professions langagières : nouvelles tendances
Ce colloque m’a donné beaucoup d’idées pratiques pour mes cours l’année prochaine. J’ai bien aimé, par exemple, la communication de Mathieu Leblanc, qui a réalisé une étude ethnographique dans trois services de traduction canadiens (l’un public et les autres privés). Ces trois entreprises avaient au moins 35 employés, y compris des traducteurs débutants, intermédiaires et chevronnés. Il a passé un mois dans chacune des entreprises en faisant des entrevues et des séances d’observation. (En passant, Mathieu a déjà présenté quelques données de cette étude l’année dernière lors du Congrès de l’ACT. J’en ai déjà parlé dans ce billet de 2012). Bien que son objectif était d’examiner les attitudes des traducteurs envers les outils de traduction, ses données l’ont permis aussi de répondre à la question, qu’en disent les traducteurs à propos de la formation universitaire? Ses conclusions: bien que les traducteurs débutants et chevronnés ont tous les deux souligné que la formation des étudiants est, dans son ensemble, adéquate, les répondants ont quand même identifié quelques lacunes, dont la capacité des traducteurs débutants de satisfaire les exigences de productivité, la dépendance des débutants à l’égard des outils de la traduction (notamment les mémoires de traduction) et le manque de sens critique chez les débutants.

La communication de Fouad El-Karnichi, doctorant à l’Université de Sherbrooke, portait sur la conversion d’un cours présentiel en mode virtuel, et j’ai appris que l’on donne actuellement des cours de traduction en ligne en temps réel avec d’autres plateformes qu’Adobe Connect, le logiciel que l’on vient d’adopter pour la Maîtrise en interprétation de conférence à Glendon. On aurait adopté la plateforme Via à l’Université du Québec à Trois-Rivières, qui offre maintenant un baccalauréat en traduction entièrement en ligne.

Enfin, la communication d’Éric Poirier, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, a décrit de nombreuses activités que l’on pourrait adopter dans un cours de traduction afin de familiariser les étudiants avec des ressources documentaires en ligne telles que les dictionnaires, les corpus, et les concordanciers. Voici quelques activités que j’ai trouvées intéressantes :

  • Demander aux étudiants d’utiliser des corpus afin de trouver le collocatif d’une base (par ex . Hiver + dur = rigoureux)
  • Demander aux étudiants de lire l’une des chroniques sur la langue qui se trouvent dans l’Actualité langagière et ensuite demander aux étudiants de traduire le mot en question
  • Demander aux étudiants d’utiliser des dictionnaires afin de distinguer entre paronymes (par ex. conjoncture et conjecture)

Dans un cours en ligne, ce sont des activités que l’on peut intégrer sur le site Web du cours avec un formulaire à remplir ou avec un petit quiz à réussir.

Il y avait d’autres communications fortes intéressantes aussi, mais je vais m’arrêter ici afin de pouvoir résumer quelques communications de l’autre colloque.

La traduction comme frontière
Malgré l’annulation de plusieurs conférenciers lors de la première journée, nous avons quand même eu des discussions très stimulantes sur la question de la traduction et les frontières (réels, imaginaires, pragmatiques, sémantiques, politiques, idéologiques…). Deux communications en particulier m’ont captivée : La communication de Chantal Gagnon, de l’Université de Montréal, a traité des discours du trône depuis les années 1970, et surtout sur les mots « Canada », « Canadien/canadien » et « Canadian » dans ces discours. Le fait qu’il existe un écart entre le nombre d’occurrences de ces mots en anglais et en français n’est pas surprenant, vu qu’elle a trouvé des écarts semblables dans d’autres discours, mais le fait qu’il existe des tendances différentes dans certains discours sous le premier ministre Harper était fort intéressant. Enfin, Alvaro Echeverri, de l’Université de Montréal lui aussi, a posé des questions très éclairantes sur les limites de la traduction, notamment sur la façon de définir le terme traduction. Il proposait, d’après Maria Tymoczko, examiner son corpus avant de déterminer ce que l’on va considérer comme étant une traduction: comme ça, on saura quelles sortes de traductions/adaptations/inspirations on peut inclure.

Bref, j’ai trouvé ces trois jours à Québec stimulants, et j’ai hâte d’intégrer certaines idées dans mes cours et dans mes recherches cet été.

Enseigner avec des blogues

Ça fait maintenant plus d’un mois que je suis revenue de Concordia et que j’ai l’intention d’écrire un billet sur une présentation que j’ai trouvée extrêmement intéressante. Mais chercher une résidence plus près de Toronto, vendre notre ancien maison, emballer nos effets et déménager à la nouvelle maison ont pris plus de temps que prévu. De plus, je n’ai pas eu accès à Internet depuis plus deux semaines, ce qui m’a empêchée d’écrire quelques billets et de terminer mes recherches sur les blogues de traduction.

Eh bien, je profite du fait que j’ai enfin accès sans fil chez moi pour écrire un compte rendu de la présentation de Philippe Caignon lors du XXIIIe congrès de l’ACT. Il parlait de sa décision l’année dernière d’employer des blogues comme outil pédagogique dans son cours de terminologie. Pour ce faire, il a choisi un sujet (l’économie verte) et les étudiants de son cours ont dû créer des blogues portant sur la terminologie dans ce domaine. Vu que les étudiants n’étaient notés que sur les blogues, ils ont dû, toutes les trois semaines, faire une présentation pour montrer le progrès de leur blogue. Les autres membres du cours pouvaient par la suite offrir des critiques et des recommandations.

Philippe a noté que l’usage des blogues dans son cours avait quelques avantages. Par exemple: Il y avait plus de collaboration entre les étudiants, qui se sont donnés des conseils; les étudiants ont fait beaucoup plus d’attention à la qualité de la langue et de l’analyse ainsi qu’à la validité des sources, vu que les autres membres de la classe pouvaient lire les billets; et les étudiants ont pu s’exprimer avec beaucoup de créativité. Pourtant, il a dû passer du temps en classe à montrer aux étudiants comment créer un blogue, puisque plusieurs d’entre eux ne savaient pas comment se débrouiller. Les étudiants ont aussi dit qu’ils passaient beaucoup de temps sur les blogues (pour modifier les extensions et l’apparence, par exemple). Et enfin, Philippe a noté que la créativité des étudiants a mené à une diversité de blogues, ce qui a augmenté le nombre d’heures qu’il a dû passer à les corriger.

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans cette présentation était l’évaluation des blogues. Les étudiants étaient notés notamment sur l’originalité et la qualité du blogue, sur leurs réponses aux commentaires, sur l’évolution de la qualité du blogue et de la pensée critique de l’étudiant, et sur la pertinence des commentaires qu’ils écrivaient sur les autres blogues. À mon avis, cela encouragerait fortement la collaboration entre les étudiants, et je crois que ce modèle pourrait s’adapter à un cours de théorie aussi: les étudiants pourraient écrire toutes les semaines quelques commentaires sur les lectures et le cours. Et chaque semaine, deux ou trois étudiants pourraient passer dix minutes à présenter leur blogue (et leurs pensés) en classe. Avec les blogues, on pourrait aussi ajouter des liens vers des vidéos ou des balados pertinents, ce qui pourrait enrichir les discussions en classe.

C’est dommage que je ne vais pas donner le cours de théorie encore une fois cette année, car j’aurais aimé employer des blogues comme outil d’enseignement, vu que j’ai maintenant préparé le contenu nécessaire pour le cours. Je vais pourtant garder cette idée en tête, car j’ai proposé un cours de deuxième cycle qui porte sur la traduction de textes politiques et il se peut que je peux incorporer des blogues à ce cours. Si oui, j’écrirais un autre billet sur ce thème. J’aimerais bien parler à d’autres professeurs qui ont déjà utilisé des blogues comme des outils pédagogiques dans des cours de traduction ou de traductologie, alors, laissez-moi un commentaire ou envoyez-moi un courriel si vous aimeriez me faire part de vos expériences.

Stagiaires et les écoles de traduction

Dans le dernier numéro de Circuit, le magazine de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec, j’ai lu avec intérêt un article de Sébastien Stavrinidis, qui traite de l’expérience de trois stagiaires de l’Université Concordia. Coordinateur des stages en traduction de premier et de deuxième cycle, Stavrinidis souligne que la crise économique mène plusieurs employeurs à ne plus recruter des étudiants ou à ne pas offrir de formation à ceux qu’ils embauchent.

Les deux exemples qu’il donne, soit un étudiant embauché par un employeur qui devait trouver un pigiste pour réviser le travail du stagiaire (mais qui ne l’a pas toujours fait) et deux étudiants qui faisaient un stage dans un cabinet de traduction en France mais qui n’ont reçu aucun encadrement, illustrent les problèmes qui peuvent surgir quand on cherche des employeurs pour des stagiaires.

Depuis que j’ai commencé à donner des cours de traduction à Glendon, mes étudiants me demandent souvent comment on peut acquérir de l’expérience en traduction. On ne me posait pas cette question quand j’étais chargée de cours à Ottawa, ce qui est probablement dû au fait qu’il y existe plus d’emplois pour les traducteurs anglophones à Ottawa et à Gatineau qu’à Toronto. Certes, il y a peu d’opportunités pour les traducteurs anglophones qui souhaitent travailler dans un cabinet de traduction à Toronto, mais il existe par contre plusieurs opportunités pour des traducteurs anglophones qui souhaitent travailler de chez eux pour des clients à l’étranger. De plus, on peut toujours pratiquer le bénévolat en traduisant pour des organismes sans but lucratif.

Vu qu’il faut encadrer les stagiaires, il n’est pas souhaitable de les laisser sans réviseur, mais je crois qu’on pourrait quand même envisager un stage non-rémunéré qui permettrait aux étudiants de traduire des textes authentiques pour des organismes sans but lucratif, et d’être révisés par un traducteur expérimenté. Il existe déjà des réseaux de bénévoles qui traduisent des textes pour des ONG. Je pense, par exemple, à Traducteurs Sans Frontières, qui est composé uniquement de traducteurs bénévoles qui ont au moins deux ans d’expérience et qui souhaitent traduire des textes pour des organisations humanitaires. Il serait possible de créer un tel réseau au sein d’une école de traduction : les étudiants réaliseraient les traductions, et des traducteurs/réviseurs professionnels qui souhaitent participer à ce projet à titre de bénévoles pourraient par la suite réviser les textes.

Vu que des réseaux de traducteurs bénévoles existent déjà, il n’est pas irréaliste de penser que des traducteurs professionnels se porteront volontaires pour réviser 1000 ou 2000 mots ici et là, pourvu qu’il ne s’agisse pas de textes pour des entreprises commerciales mais plutôt de textes pour des organismes humanitaires. Les étudiants gagneront et les organismes aussi.

Qu’en pensez-vous de cette idée ? Y a-t-il d’autres traducteurs qui s’intéresseraient à un tel projet ?


Références:
Stavrinidis, Sébastien. (2010). Des Stages rares et difficiles à gérer. Circuit: 106, p. 19.

Google Wave et la traduction collaborative

Ce matin, pendant mon jog, j’écoutais une émission de Mi5, qui traitait de Google Wave. On soulignait que ce nouveau outil de Google n’est disponible qu’en version prébêta pour l’instant, ce qui veut dire qu’il vous faut une invitation pour l’utiliser. (En passant, j’ai vingt-cinq invitations que je peux partager, si quelqu’un aimerait essayer cet outil. Envoyez-moi un courriel, et je vous enverrai une invitation).

Sur cette émission, on décrivait Google Wave comme étant un outil de collaboration qui vous permet d’échanger vos idées avec plusieurs personnes en même temps. Il s’agit en fait d’une façon d’échanger des courriels, de bavarder, de réviser et de rédiger des documents en collaboration avec vos collègues: c’est gmail, Google Talk, Twitter, Google Documents et un wiki dans un seul espace. Un outil prometteur, certes, mais les animateurs de Mi5 ont quand même constaté qu’il existe des limites à la version actuelle : c’est un peu compliquée, et il peu de personnes y ont accès.

Même avec ces défauts, Google Wave pourrait s’avérer un outil de collaboration bien adapté à la traduction collaborative. J’ai déjà décrit la façon dont je vais incorporer Google Docs dans mon cours d’initiation à la traduction vers l’anglais, alors ce n’est pas surprenant que je m’intéresse à cet outil. Il permettra aux étudiants de créer, de critiquer, de défendre, et de modifier leur traduction ensemble, en temps réel, sans avoir besoin de se rencontrer en personne. J’espère qu’il soit bientôt disponible au grand public afin que je puisse l’adopter dans mon cours et comparer les opinions de mes étudiants face à la collaboration avec Google Wave et Google Docs.

Si vous désirez regarder une vidéo qui montre 15 accessoires de Google Wave, il y en a une ici. Y a-t-il des traducteurs qui ont déjà utilisé cet outil pour réaliser un mandat de traduction ? Y a-t-il de professeurs qui pensent se servir de Google Wave pour encourager les étudiants à collaborer sur un projet ?

ACT

Je suis de retour d’Ottawa, où j’ai assisté à une réunion du conseil exécutif de l’Association canadienne de traductologie. Cet été, je suis devenue la secrétaire de l’ACT, ce qui a ravi le président, qui n’aura plus besoin d’animer les réunions tout en écrivant le procès-verbal. Au cours des prochaines semaines, je vais créer un nouveau site Web pour l’association, en collaboration avec un programmeur et en incorporant le contenu du site actuel. Nous sommes convenus qu’il faut ajouter une façon pour les membres de payer et de renouveler leur cotisation en ligne, et c’est de cela que le programmeur sera responsable. Nous aimerions aussi ajouter du contenu plus dynamique, comme un blogue, ou au moins des annonces qui pourraient être diffusées aux abonnés par RSS. J’ai hâte de mettre à jour ce site Web, qui a vraiment besoin d’une transformation.

Lors de la réunion, j’ai aussi pu voir tout les préparations qu’il faut faire pour une colloque. Celle qui aura lieu à Concordia en mai lors du congrès annuel de la FCSH sera la plus importante jusqu’ici, et c’est sûr que j’y assisterai… et fort probable que je présenterai une communication aussi, si je peux soumettre une proposition pour les sessions réservées aux communications libres d’ici la date limite. En quelques semaines, j’écrirai un nouveau billet sur le mis à jour du site Web de l’ACT.

Enseigner en français

Cette année, pour la première fois, je vais donner un cours en français. On vient de me demander si j’aimerais donner le cours sur la théorie de la traduction pendant le trimestre d’hiver, et après un peu de réflexion, j’ai décidé que j’aimerais bien le faire. C’est aussi la première fois que je vais donner un cours de théorie. Jusqu’à maintenant, je n’ai donné que des cours en traduction appliquée : traduction de textes spécialisés, initiation à la traduction…

En novembre et en décembre, alors, je vais passer du temps à choisir les textes qu’on étudiera dans le cours. Je dois aussi organiser le cours afin d’assurer qu’on passe beaucoup de temps à discuter de et à réfléchir à la traduction. Enfin, je dois m’assurer que j’ai bien choisi un bon nombre de textes théoriques rédigés en français. Avec les deux cours que je donne actuellement, le compte-rendu de livre que je dois rédigé avant décembre et l’article que je prépare sur les blogues, je ne sais pas exactement où je vais trouver le temps pour tout ça, mais je vais me débrouiller, sans doute.

La version française du site est enfin mise à jour

Depuis quelques semaines maintenant, je voulais mettre à jour mon site Web pour faire en sorte que tout le contenu soit disponible en anglais et en français. Et j’ai eu du temps cette fin de semaine pour ajouter toutes les pages françaises et mettre à jour tous les liens.
J’ai l’intention de bloguer en anglais et en français dorénavant, alors visitez ce site de temps en temps pour lire de nouveaux billets à propos de mes recherches en traductologie.